L’Algérie face au dilemme de la sécurité régionale au Sahel/Maghreb

مقال نشر بالعدد الاول من مجلة جيل الدراسات السياسية والعلاقات الدولية ص  151، للإطلاع على كل العدد، يرجى الضغط على غلاف المجلة:

 JiL Politic 1

 

L’Algérie face au dilemme de la sécurité régionale au Sahel/Maghreb : « Nœud gordien » et « dilemme cornélien ».

Dr. Tewfik Hamel Chercheur en Histoire, Spécialité Histoire militaire-études de défense nationale, CRISES -Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociale de Université Paul Valéry (Montpelier III).

Dans chaque continent, il y a eu des Etats, des régimes et les idéologies qui ont cherché la domination à l’échelle régionale. Il n’est pas surprenant donc que l’Afrique du Nord ne fasse pas exception. L’histoire de la région a été beaucoup plus caractérisée – et de plus en plus avec le temps- par des régimes et des États qui cherchent leur propre intérêt, quel que soit l’écran de fumée utilisé afin de dissimuler ou de rationaliser ce fait. Et chaque Etat a son propre modèle de comportement et d’alignements. Au sein du Maghreb, la relation complexe des deux plus grand pays -Algérie et Maroc- caractérisée par une lutte latente pour la suprématie régionale et l’imposition de leur l’hégémonie bienveillante sur les Etats les plus faibles du Sahel est le centre de gravité de la géopolitique régionale. Les deux pays avaient des expériences coloniales différentes et ont émergé comme des rivaux avec des formes très différentes de gouvernement. Toutefois, la fin de la guerre froide et la globalisation imposent une convergence de facto au niveau politique et économique.

Les efforts visant à promouvoir des relations plus coopératives ont été plus ou moins figées au statu qua. Nombreux obstacles ont été éliminés mais leurs rivalités régionales que cristallise le conflit de Sahara occidental restent très vives. Dans ce contexte, l’Algérie joue un rôle crucial et particulier. Ses efforts antiterroristes ont réussi à contrer et affaiblir les groupes terroristes. Le pays a essayé de saisir le moment pour renforcer son statut régional en jouant la carte de leadership dans la lutte contre la menace terroriste. L’objectif final de cette stratégie est de gagner du prestige et de pouvoir dans le but de mieux servir son agenda plus large de la politique étrangère.

 

La centralité de l’Algérie dans la géopolitique régionale :

 

Dans les années 1990, l’objectif prioritaire de la diplomatie algérienne est d’éviter l’isolement définitif du pays ; faire accepter par les grandes capitales l’arrêt du processus électoral du 26 décembre 1991. Après une décennie de bouleversements extraordinaires, et en dépit de la poursuite de la violence, l’Algérie montre des signes de reprise et d’affirmation de soi sur la scène internationale. La redécouverte de l’activisme classique du pays en matière de politique étrangère est susceptible d’avoir des implications importantes pour l’Afrique du Nord et la région méditerranéenne. La réémergence de l’Algérie va maintenant présenter une série de défis pour les décideurs politiques des deux côtés de l’Atlantique.[1]Démographiquement, avec 40 millions d’habitant, l’Algérie est le plus grand pays maghrébin en termes de population. Très actifs diplomatiquement, le pays était un modèle et un acteur clé dans le tiers-monde (au moins ce que l’on croyait) et était au cœur des rapports Nord-Sud. Après l’indépendance, l’Algérie était au premier plan de la politique du Tiers Monde et très active dans les pays arabes et en Afrique. Géographiquement, le pays occupe une position centrale avec des frontières maritimes de 1200 km et terrestres (de 6343 km) communes qu’il partage avec sept Etat voisins. Avec 2.381.741 km2, le pays est classé à la 11e place au niveau mondial et le 1e en Afrique en termes de superficie[2] (Trois fois plus grand que le Maroc (en incluant le Sahara occidental) et près de 15 fois plus grand que la Tunisie. La richesse de son sol en matière première et l’ouverture sur la mer font de l’Algérie de l’« noyau » du Maghreb.

Le vide du pouvoir dans la périphérie du Sahel et de la répartition inégale de la puissance entre les principales forces constituent également un élément majeur dans la dynamique régionale en faveur de l’Algérie. En effet, au niveau maghrébin, la géographie et la démographie de la plupart des Etats d’Afrique du Nord ont limité la pénétration du pouvoir d’Etat dans l’arrière-pays, en particulier l’écart entre bande côtière du nord du Maghreb et les régions Sud arides du Sahel. Etant à bien des égards l’Etat le plus important et influent dans la région et le seul pays à partager des frontières communes avec les cinq pays maghrébins, l’Algérie est en bonne position pour réaliser ses potentialités économiques, tenir un rôle stratégique et contribuer à l’intégration économique entre l’Afrique du Nord, l’Europe et l’Afrique subsaharienne.

Cette centralité pourrait cependant être parfois un handicape ou une source de vulnérabilité[3] surtout dans le contexte d’instabilité régionale actuel. Cela exige un effort considérable pour surveiller et contrôler ses longues frontières, mais le pays a tout à gagner de son positionnement central. En tout cas, le pays se montre très actif sur le plan diplomatique, militaire et sécuritaire pour asseoir son leadership. Il est devenu partenaire incontournable mais difficile. Le Pentagone a manifesté un « intérêt » pour la construction de bases militaires en Afrique du Nord où les Etats-Unis disposent de plusieurs facilités. Le Major Gordon Hilbun a considéré l’exercice « Africa Lion 2010 » avec les forces marocaines comme traduisant « une relation stratégique avec l’un des anciens alliés des Etats-Unis » alors que « les forces des marines africaines deviennent un centre des efforts du Corps des Marines. Cet exercice nous fournit un accès continu à l’un de nos principaux partenaires stratégiques en Afrique comme les Etats-Unis continuent à maintenir une concentration nationale sur l’expansion de notre engagement sur le continent africain ».[4] Pour 2011, l’AFRICOM a prévu 13 exercices bien que l’ « Africa Lion est le seul plus grand engagement militaire des Etats-Unis en Afrique cette année ».[5] C’est pour un déploiement plus efficace sur le continent que certains suggèrent la création de bases militaires en Tunisie et au Maroc.[6]

 

Washington cherche à étendre sa présence militaire en Afrique particulièrement au Sud de l’Algérie.[7] Il y a de nombreux facteurs à prendre en compte dans l’établissement d’une base militaire. Le choix de l’endroit est crucial. A propos de la volonté de transfert du siège d’Africom dans un pays africain, le général W. Ward a souligné que « l’emplacement d’un siège sert à plusieurs fins. Dans chaque cas, l’emplacement doit être déterminé sur la base d’une combinaison de facteurs ».[8]Le Defense and Foreign Affairs Strategic Policy a décrit le Maroc comme « le seul endroit géographiquement et politiquement viable » pour un tel siège.[9]

En termes de cet objectif, l’Algérie présente plus d’avantages que tous ses voisins –géographiques et capacitaires. En effet, c’est en vertu de sa situation centrale et stratégique dans le Maghreb/Sahel que l’Algérie a commencé à émerger comme un noyau aux yeux des américains dans plusieurs initiatives de coopération multiple et régionale à l’instar du Partenariat Transsaharien Contre le Terrorisme (Trans-Sahara Counter Terrorism Partnership – TSCTP). Ce dernier est une extension à la fructueuse Initiative Pan-Sahélienne (PSI) établie au début 2004. Bien que PSI fût initialement axée sur le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, l’Algérie y participait comme observateur. D’ailleurs, « bien que techniquement TSCTP englobe neuf pays, les participants de fond dans les exercices et la coopération sont l’Algérie, le Tchad, le Mali et le Niger ».[10] En somme, l’Algérie est considéré comme « l’Etat clé de la sécurité régionale », alors que la Tunisie, le Maroc, entre autres, ne participant pas à tous les aspects du partenariat, sont des « Etats périphériques dans TSCTP ».[11]

 

Une puissance militaire de premier plan :

 

Au moment de l’indépendance, l’Armée de libération nationale, par sa nature même, est la mieux organisée et, par conséquent, le principal instrument pour commencer à construire le nouvel Etat.[12]Alger a consacré des efforts considérables pour moderniser ses forces armées. Avec des dépenses militaires élevées, l’Algérie occupe selon les données 2009 la troisième place parmi les pays arabes place derrière l’Arabie Saoudite suivie par les Emirat arabes unies. Ses militaires sont expérimentés et souhaiteraient avoir une meilleure relation avec les États-Unis. Pour être considérée comme la force avec laquelle il faut compter en Afrique du Nord, les Algériens modernisent leurs forces armées. Selon American Defense Center, l’armée algérienne passe de la cinquante-quatrième, en 1994, à la vingtième place dans le monde, deuxième en Afrique et huitième parmi les armées des pays musulman. Désormais, elle fait partie des 20 armées les plus puissantes dans le monde. Pendant sept ans seulement, entre 2001 et 2008, elle a pu accroitre ses capacités de combat et de maitrise des nouvelles technologies avancées et son stock d’armements. Deuxième en Afrique après l’Egypte et devant le Maroc, l’Algérie compte 325 000 soldats, 2000 chars, 300 avions de combat, 160 avions de transport en majorité de fabrication soviétique, et 180 hélicoptères multifonctions.

Cette étude qui classe les 50 armées la plus puissantes du monde, souligne que l’armée algérienne est parmi « la plus organisée dans la région de l’Afrique du Nord ». Elle a considérablement augmenté ses capacités de contrôle et de maitrise des technologies d’armements modernes ; elle est classée à la 25e place quant aux capacités de maitrises des technologies de défenses modernes et l’utilisation des systèmes électroniques complexes.[13] En 2014, Global Fire Power classe l’armée algérienne à la 31ème place.[14]

Selon SIPRI, la région de l’Afrique du Nord, avec des dépenses militaires s’élevant à 7,8 milliards de dollars, à connu une augmentation de 94% par rapport à 1999. Les données SIPRI montre que l’écrasante majorité des transferts d’armes vers l’Afrique du Nord pour la période 2005-2009 étaient destinées à l’Algérie. Les dépenses militaires de l’Algérie ont augmenté de 18% en données réelles pour s’élever à 5,2 milliards de dollars (le budget le plus élevé d’Afrique) qu’expliquent une les recettes pétrolières et une insurrection grandissante.[15]

Entre 2004 et 2008, les dépenses militaires algériennes ont augmenté de 10% par ans alors que le budget de défense à fait un saut spectaculaire de 33% de 2008 à 2009.[16] Pour la première fois, l’Algérie est classée est lassée au neuvième rang des plus grands pays importateurs d’armes par l’Institut international de recherche sur la paix. SIPRI souligne d’entre 2005 et 2009 les achats d’armes dans le monde ont augmenté de 22% tandis qu’entre 2000 et 2004, selon le rapport, « les avions d’attaques représentent 27% de la totalité des ventes d’armements » dans le monde. Et c’est bien le cas de l’Algérie en vertu des avions qu’elle a acheté de la Russie. Rien qu’en 2007, l’Algérie avait obtenu 28 avions de chasse de type « Sukhoi » de son fournisseur russe, 36 chasseurs de type « Mig », 16 avions d’entraînements de type « Yak 130 », plus de 300 chars de guerre de type « T90 S », et 8 systèmes de défense terrestre en forme de missiles sol-sol de type « Tongoskei ».[17]

 

Ainsi, pour soutenir sa stratégie régionale, le gouvernement algérien continue à chercher à élargir le champ de sa coopération avec les puissances extérieures notamment les États-Unis dans ses efforts de lutte anti-terrorisme et maintien de la stabilité régionale.

 Ces dernières années, Alger est devenue un partenaire clé dans les efforts américains pour faire face aux activités terroristes en Afrique du Nord et la Méditerranée et en tant que telle a connu une hausse substantielle du niveau de la coopération bilatérale. Pour poursuivre cette relation naissante, le domaine le plus important de la formation du personnel militaire algérien est considéré comme essentiel pour construire un cadre de personnel qui peut fonctionner efficacement avec les États-Unis et leurs homologues régionaux.[18]

En plus des partenariats régionaux et programmes multilatéraux, les États-Unis et l’Algérie ont lancé en 2005 un Joint Military Dialogue pour favoriser les échanges, la formation et les exercices conjoints. Alger préfère les activités bilatérales avec les États-Unis qui reconnaissent son importance régionale.[19] La création du groupe de contact bilatéral de coopération algéro-américain de lutte anti-terrorisme et questions de sécurité connexes fut considérée comme « un moment historique » pour l’évolution de la coopération sécuritaire bilatérale.[20] « Le gouvernement algérien est un allié clé des Etats-Unis dans cette région sensible et le gouvernement américain a récemment décrit comme un ‘leader régional proactif offensif dans la Coalition mondiale contre le terrorisme’. L’Algérie est également une source d’information importante sur les cellules du GSPC situées en Europe et en Amérique du Nord ».[21]

En novembre 2009, le Commandant de l’Africom le général William E. Ward a publiquement reconnu la puissance et l’ambition régionales de l’Algérie[22] pour faire face aux « activités terroristes et criminelles dans le Maghreb et la région du Sahel [qui] continuent d’être une menace pour toute la région et au-delà de celle-ci ». Son successeur le général Ham apporte son soutien au « rôle de l’Algérie et nous apprécions le leadership de l’Algérie dans le traitement des questions régionales relatives à la sécurité et à la lutte antiterroriste ». Dans ce contexte, les Etats-Unis « demeurent déterminés à travailler avec ces gouvernements et à les assister dans la lutte contre le terrorisme pour assurer la stabilité en Algérie et dans la région »[23] alors que « nos intérêts commerciaux sont en pleine expansion au-delà du secteur des hydrocarbures », révèle un câble diplomatique de 6 janvier 2010. Dans ce câble révélé par WikiLeaks, l’ambassadeur américain à Alger, David D. Pearce, a reconnu « qu’aucun pays n’est plus important que l’Algérie dans la lutte contre Al-Qaïda dans le Sahel et le Maghreb ».[24]Le terrorisme dans le Sahel « est un problème régional, où les forces terrestres algériennes ont pris un rôle de leadership,  et c’est très impressionnant les progrès qui ont été faits », confirme le général-major David R. Hogg lors d’une visite à Alger en décembre suivant.[25]

Dans un rapport de 2011, le Pentagone a appelé à renforcer la capacité des forces armées et de sécurité algériennes. Il révèle qu’Alger assume à elle seule 60% des efforts de la lutte antiterroriste dans la région du Maghreb et Sahel, tandis que le Maroc, Mali et Mauritanie et Niger assument 40%.[26] Le chef de l’Africom, le général David Rodriguez, l’a confirmé lors de son audition par la commission des Forces armées du Sénat américain en février 2013. Pour lui, l’armée algérienne est suffisamment outillée pour jouer le rôle de leader régional. « L’armée algérienne est la plus capable de celles de tous les pays d’Afrique du Nord d’organiser la lutte contre le terrorisme, la contrebande, le trafic de drogue et le crime organisé», disait-il. [27]

 

 

Source: Jean-Pierre Filiu, “Could Al-Qaeda Turn African in the Sahel?”, Carnegie PAPERS, Middle East Program, n°. 112, Carnegie Endowment for International Peace, Washington, DC, juin 2010, p. 8.

 

Le leadership au cœur de tout système de sécurité efficace :

 

Ces chiffres montrent que l’Algérie reste une puissance importante. Mais cela est-il suffisant ? La question la plus critique face à des systèmes de sécurité régionale efficaces est la question du leadership. Initier et encourager de tels systèmes de sécurité est extrêmement difficile, sauf si un Etat est prêt à prendre l’initiative d’engager les ressources nécessaires, accepter les coûts inévitables, et mettre sur pied une coalition avec d’autres Etats dans la sous-région qui sont prêts à consacrer une partie de leurs propres ressources. Le leadership est au cœur de tout système de sécurité efficace et la répartition très inégale des capacités entre les Etats dans une région particulière prédispose souvent certains Etats à prendre un rôle de premier plan. Dans le même temps, il est essentiel que ce rôle soit accepté par les autres Etats dans la région et institutionnalisé à travers des conventions empêchant de dégénérer en simple imposition de la domination par les hégémons régionaux sur leurs voisins plus faibles. Ainsi, en tandem avec les partenaires régionaux, l’armée algérienne travaille actuellement à sécuriser ses frontières longues et poreuses, ainsi qu’à établir l’architecture régionale adéquate pour resserrer la coopération militaire et de renseignement avec les pays partenaires.

 

Sans une approche systémique et claire ayant pour objectif l’amélioration de l’intégration régionale, les menaces à la sécurité et la stabilité augmenteront. Depuis Octobre 2004, le pays accueillit le Centre africain d’études et recherche sur le terrorisme de l’Union africaine. Le Centre vise à fournir une recherche régionale coordonnée et un lieu de formation pour les efforts de lutte contre le terrorisme dans les pays africain. Particulièrement depuis 2009, plusieurs réunions de haut niveau des dirigeants de la région se sont succédé sous l’impulsion de l’Algérie afin de renforcer davantage la coopération régionale au Sahel. En avril 2010, un sommet militaire a eu lieu à Tamanrasset.

Les pays présents à cette réunion étaient l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Les fonctionnaires en provenance de la Libye, le Tchad et le Burkina Faso ont également rejoint le sommet en tant qu’observateurs. Le résultat a été l’installation d’un Comité d’état-major opérationnelle  conjoint, basée dans la même ville et appelé d’ailleurs le « Plan Tamanrasset ». En Septembre suivant, les chefs de renseignement de ces quatre pays ont convenu à créer un Centre de Renseignement sur le Sahel, basée à Alger mais la direction du centre est tournante. L’objectif principal de cette initiative est d’augmenter le niveau de coopération des services secrets entre les quatre pays, rendre plus cohérentes et efficaces leurs actions contre AQMI.[28]

La forte vocation africaine de la diplomatie algérienne et de ses forces armées et de sécurité indiquent un avenir prometteur pour ces forces dans une région où les besoins se multiplient de façon exponentielle. Elle a déjà contribué à plusieurs opérations de maintien de paix de l’ONU. Bien qu’en termes quantitatifs, cette participation n’a pas été très grande, elle a en effet été qualitativement importante.[29]L’armée algérienne a considérablement changé en raison de ses  activités récentes contre le terrorisme. L’Algérie cherche à se redéfinir le rôle de ses forces armées. Elle veut jouer un plus grand rôle dans le maintien de la paix en Afrique.[30] En outre, si Alger a tendance à privilégier les solutions politiques, elle n’est en aucune façon un adepte de « tout politique ».

La position algérienne a beaucoup évolué depuis l’attaque terroriste du site gazier d’In Aménas, qui constitue un tournant dans la stratégie anti-terroriste du pays. Elle a mis fin à l’approche sécuritaire du terrorisme à laquelle s’est substitué un traitement militaire basée sur l’éradication pure et simple des terroristes. Par ailleurs, de nombreux officiers ont affirmé les forces militaires algériennes sont déjà prêtes à exécuter des missions au-delà des frontières nationales dans le cas d’une menace imminente. L’intérêt qu’accorde Alger à l’achat d’une vingtaine de gros avions de transport militaire en est révélateur. Mais comme le pays ne possède pas d’expérience en matière des opérations extérieures, elle ne pourrait développer ce rôle qu’en s’appuyant sur une coopération multilatérale et en faisant appel à des partenaires stratégiques comme les Etats-Unis. 

L’influence est évaluée en fonction de qui paye qui et quoi (coopération, aide, etc.) et c’est là où se situe la faille de la stratégie d’Alger qui cherche à sortir l’Afrique des sentiers battus mais n’accepte pas d’assumer tout ce que cela implique au niveau opérationnel en termes financier, politique ou militaire. C’est plus constructif pour elle d’opter pour un engagement « positif » négocié dans des termes gagnant-gagnant. C’est la meilleure façon de pouvoir façonner la stratégie occidentale vis-à-vis de son environnement immédiat.

Quoi quel en soit après tout, l’Algérie n’a pas les moyens de répondre toute seule aux problèmes de Sahel. En avril 2008, l’USAID a publié un rapport dans lequel il classe plus de 160 pays en fonction d’indicateurs clés de fragilité susceptibles de prédire les Etats pouvant connaitre un conflit violent. La plus grande concentration des Etats confrontés à un risque le plus élevé d’instabilité se trouve en Afrique.[31]Des constats similaires ont été avancés par d’autres travaux. En termes de risque d’instabilité estimé, « sans aucun doute, l’Afrique demeure la préoccupation la plus grave. Plus de la moitié des pays sur le continent sont qualifiés parmi les catégories les plus risqués. De tous les pays du monde entier faisant partie de ces catégories les plus risqués, les pays africains représentent plus de 75% des Etats (28 du total 36).[32]Sur les 48 pays fragile distingué par l’OCDE, 29 sont sub-saharien.[33]Pour le NIC, l’Afrique subsaharienne restera en 2025 la région la plus vulnérable de la planète en termes de défis économiques, stress démographiques, guerres civiles et l’instabilité politique.[34]

Tous les vingt-deux pays jugé ayant un « faible développement » ont été les Etats africains.[35] Selon le rapport de l’ONU de 2004, « l’Afrique subsaharienne est la seule région du monde où, depuis 20 ans, la pauvreté extrême n’a pas cessé de gagner du terrain ». D’après la Banque mondiale, « contrairement à d’autres régions en développement, la production de l’Afrique par habitant en prix constants a été plus faible à la fin des années 1990 que 30 ans auparavant -et dans certains pays, elle avait chuté de 50% ».

Il ya plus de 600 millions de personnes en Afrique, et la Banque mondiale estime que 46% de la population africaine vit avec moins d’un dollar par jour. La part du continent dans commerce mondial a diminué d’environ 3% dans les années 1960 et 1970 à 2% dans les années 1990. Non pas sans lien, un rapport montre que la tendance à la baisse dans les conflits armés est différente d’une région à une autre et que la plupart des conflits armés post-seconde mondiale à travers le monde ont eu lieu dans les régions les moins développées du monde.[36]Bien que « l’établissement d’une liste des États fragiles est politiquement et analytiquement controversée », force est reconnaitre que l’Afrique sub-saharienne est toujours mal placée.[37]Le souci c’est qu’il existe des preuves que les stratèges d’Al-Qaïda ciblent délibérément les Etats pauvres et faibles comme le montre The Management of Savagery: The Most Critical Stage through Which the Umma Will Pass. Ce document (أخطر مرحلة ستمر بها الأمة. إدارة التوحش) est considéré comme l’un des textes stratégiques des djihadistes par le Combating Terrorism Center de l’U.S. Military Academy.[38]

Dans ce document, Abou Bakr Naji décrit les étapes successives de la création d’un califat islamique. « La gestion des Sauvagerie » fait valoir qu’une fois que les djihadistes détiennent un territoire, ils doivent ériger un appareil administratif pour faire respecter la loi islamique et assurer la sécurité, la nourriture et les soins médicaux. En tant qu’étape clé, « la gestion de la sauvagerie » vise à mettre de l’ordre, la sécurité, et la loi de la charia islamique dans des Etats autrefois chaotiques, comme en Afghanistan pré-talibans, de sorte qu’ils puissent former la base d’un califat éventuel. Selon lui, « parmi les rebondissements heureux […] est que la plupart des pays prioritaires sont dans des régions éloignées, ce qui rend difficile à tous les pouvoirs de l’Etat de contrôler l’échelle de la région au cœur du monde islamique ».

« Les Etats initialement désignés pour être inclus dans le groupe des régions prioritaires sont les régions des Etats suivants: la Jordanie, les pays du Maghreb, le Nigeria, le Pakistan et les pays de la Haramayn et le Yémen ». Les « liens communs entre les Etats des régions dans lesquels la sauvagerie peut naître » comprennent « la faiblesse du pouvoir du régime et la faiblesse de la centralisation de son pouvoir dans les périphéries des frontières de son Etat et parfois dans les régions intérieures, en particulier celles qui sont surpeuplés » et « la présence de djihadistes, l’expansion islamique se propageant dans ces régions ».[39] En somme, il existe généralement trois facteurs susceptibles de contribuer à la ramification des organisations terroristes islamistes : 1) idéologique (la présence du salafisme djihadiste) ; 2) institutionnel (la fragilité de l’Etats[40]) et ; 3) organisationnel (en pariant sur les activités des organisations existantes). Bien que le phénomène de radicalisation au Sahel soit récent, avec la conjugaison de ces facteurs associés à la pauvreté, la mauvaise gouvernance, l’héritage de l’ingérence extérieure, etc. le Sahel « fournit un menu de dégustation pour des terroristes potentiels ».[41]

 

Eviter toute intervention extérieure :

Aucun document officiel des Etats-Unis et des pays européens ne mentionne une part de leur responsabilité dans la situation actuelle de l’Afrique à qui ils ont imposé une série de programmes de conception américaine. Le lien entre sécurité et développement est tellement évident que nul besoin n’y ait de spéculer sur le pouvoir transformateur du développement. Mais quel type de développement est approprié pour la paix ?, cette question fondamentale est au cœur du débat sur le lien entre le sous-développement et les conflits armés en Afrique. Alors le développement économique est la priorité, la dimension sécuritaire prime dans l’approche occidentale. D’un point de vue occidental, les deux régions se trouvent sur des continents différents à l’exception du domaine et terrorisme et résolution des conflits l’interaction entre est privilégiée.[42]Même la zone de responsabilité d’Africom découle d’une « division basée sur des facteurs militaires »[43] ignorant les questions de développement.

Les analyses de développement ont tendance à isoler l’Afrique subsaharienne en raison de la prévalence de la pauvreté et certains facteurs écologique, politique et économique communs. Ce sont les impératifs sécuritaires qui ont conduit les Etats-Unis à associer les pays de l’Afrique du Nord et Sub-saharienne dans le TSCTP. Parmi ses objectifs, « renforcer les capacités des gouvernements locaux dans le pan-Sahel (Mauritanie, Mali, Tchad et au Niger, ainsi que le Nigeria et le Sénégal) pour faire face au défi posé par les organisations terroristes dans la région et faciliter la coopération entre ces pays et nos partenaires du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie) dans la lutte contre le terrorisme ».[44]

L’Algérie a souvent fait preuve d’un manque de réactivité pour tirer parti des opportunités économiques et institutionnelles offerts par l’UE et des différentes crises régionales. En septembre 2011, l’UE a lancé sa stratégie pour la sécurité et le développement dans la région du Sahel. Mais elle n’a pas reconnu le rôle central de l’Algérie dans le Sahel et ne l’a pas intégrée de façon appropriée dans la réponse régionale. L’attitude d’Alger y pour quelque chose. La volonté d’Alger d’exclure les acteurs extérieurs du Sahel a mené les Européens à l’exclure à leur tour.

S’il est vrai que toute architecture de sécurité régionale marginalisant Alger ne peut être qu’inefficace, il est aussi vrai que la stratégie consistant à exclure les acteurs extérieurs n’est pas payante. Les enjeux sont énormes pour que Paris et Washington se plient à la volonté d’Alger qui en a déjà fait les frais en Libye et au Mali. Non seulement son intransigeance n’a pas évité les interventions occidentales, elle a été court-circuitée en faisant appel au pays du Golf et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) alors que les forces armées algériennes sont mieux équipées. Cela risque de se reproduire encore en Libye et ailleurs. Les puissances occidentales n’hésiteront pas à appuyer d’autres alliés régionaux pour exécuter leur stratégie au détriment d’Alger. Le récent appel des cinq pays de Sahel à une intervention militaire en Libye en est que le dernier exemple.[45]

 

Le recours d’Alger à la coopération régionale vise à éviter toute intervention étrangère dans les questions du Sahel. Une préoccupation fortement prise au sérieux en Algérie parce que l’ingérence occidentale est utilisée comme une arme de propagande majeure par AQMI contre les régimes en place. En outre, cela permet à Alger de marginaliser les ambitions du Maroc dans la région. Probablement à causes de ses relations bilatérales difficiles et parce que Alger fait valoir que la sécurité du Sahel ne concerne pas le Maroc, ce dernier n’a pas été invité à participer aux efforts régionaux anti-terroristes. « Cette question a été tranchée avant même la création de notre structure » a fait savoir Abdelkader Messahel, le ministre algérien chargé des Affaires africaines et maghrébines, à la délégation malienne qui avait formulé le souhait d’élargir la coalition antiterroriste à d’autres États en particulier au royaume chérifien. « J’ai consulté les livres d’histoire et de géographie, et je n’ai trouvé nulle trace de l’appartenance du Maroc à la région sahélienne », ajoute-t-il. En effet, le Maroc « dès son indépendance, sa politique africaine resta liée à des concepts nationalistes et à des prérogatives en relations avec sa politique extérieure à tendance pro-occidentale, ce qui gêna pour longtemps sa présence africaine, ainsi qu’une incompréhension de la part de ses voisins ».[46]

En effet, l’absence du Maroc de cet arrangement régional est un signal clair de l’importance que l’Algérie accorde à la coopération régionale dans le Sahel, qui va au-delà des frontières des Etats sahéliens locaux, acquérir une plus grande importance maghrébine au détriment des ambitions marocaines d’hégémonie régionale. Cela montre comment l’Algérie veut jouer concrètement son rôle de leader, acquis grâce à sa lutte contre le terrorisme, et qu’il a les ressources pour le faire.

Si le leadership de l’Algérie est plus au moins accepté au Sahel, il est contesté dans son voisinage maghrébin. En effet, l’action internationale de l’Algérie fut et est « motivée par la volonté » de s’imposer comme « un interlocuteur incontournable des grandes puissances » pour tout ce concerne « les affaires maghrébines mais aussi africaines ».[47]

Dans ce contexte marqué par la fragilité des Etats sahélien, l’anarchie en Libye et la lente reprise de la Tunisie, le Maroc pourrait servir la stratégie algérienne au Sahel. Ce qui est peu probable évidemment même si la poursuite d’un processus d’intégration maghrébin « modifieraient les données stratégiques et économiques dans le sud-ouest de la Méditerranée »[48] et le Sahel. Car le climat de tensions sans cesse ravivées entre Alger et Rabat n’est pas seulement conjoncturel.

La question de Sahara occidental empoisonne toujours les relations entre les deux capitales dans contexte de rivalités régionales, de méfiance mutuelle, de frontières fermées depuis 1994. N’oubliant pas que les deux capitales espéraient pouvoir utiliser le processus de l’UMA à l’appui de leurs programmes politiques en ce qui concerne le Sahara occidental. Le rêve du « Grand Maroc » persiste toujours. Traduisant une vision révisionniste, la dernière Constitution marocaine évoque la défense « des frontières authentiques » sans les préciser. Si une telle ambigüité n’est pas anodine, le premier et principal objectif de l’Algérie est d’accroitre son prestige et statut dans le Maghreb. La confrontation avec le Maroc représente toujours la préoccupation centrale de la politique étrangère algérienne et la plupart de l’activisme régional et international algérien doit être considéré à travers ce prisme. 

 

Suspicion : Le rôle de l’Algérie dans la stratégie américaine :

Mais suite au refus d’Alger d’accueillir le siège de l’Africom, des diplomates américains ont exprimé leur déception à cette profonde opposition alors que les Etats-Unis ont renforcé leurs liens avec elle en matière de sécurité ces dernières années.[49]Sous cet angle, le rôle de l’Algérie dans la région Maghreb-Sahel reste incertain. Les puissances occidentales notamment la France et les Etats-Unis ne sont pas disposées à laisser Alger seule sur le ring Maghrébo-sahélien. Leur soutien dépend dans quelle mesure l’agenda de l’Algérie est aligné sur les intérêts occidentaux. Les récentes mises en garde émises par les grandes capitales occidentales à leurs ressortissants résidant en Algérie ou envisageant de s’y rendre est un signal clair de l’insatisfaction de ces capitales du rôle de l’Algérie. L’incertitude sur la situation intérieure du pays est un autre élément dont dépend le soutien que lui accoreront les acteurs extérieurs comme une puissance régionale. En outre, face aux hésitations de l’Algérie à mener une politique active au-delà de ses frontières, il est fort possible que les grandes puissances remplissent le vide de pouvoir ou encourager d’autres puissances de la région à accomplir ce rôle. C’est une erreur de supposer qu’il possible de lutter contre toute intervention extérieure et refuser, en même temps, de prendre ses responsabilité dans le Maghreb/Sahel.

Au niveau stratégique, une grande puissance a trois façons de sécuriser ses intérêts à l’étranger ; forces positionnées vers l’avant ; déploiement stratégique depuis la maison ; ou s’appuyer sur des alliés fiables. La préférence des Etats-Unis consiste à trouver un équilibre entre les trois en fonction de l’environnement opérationnel et la valeur stratégiques des régions en question. Vu le cout insoutenable de la stratégie de « défense vers l’avant », un rééquilibrage a eu lieu en particulier depuis 11 Septembre 2001 pour se focaliser sur la construction d’alliances nouvelles, fortes et alignées. Cette stratégie implique politiquement la cooptation des élites et la subversion politique et militairement accès et positionnement des moyens de combat. [50]

De cette façon, l’Amérique est venue à maintenir et étendre un réseau d’alliances avec des petits et moyens Etats situés près des carrefours stratégiques et goulots d’étranglement le long des marges de l’Europe, l’Asie et Moyen-Orient. L’approche des Etats-Unis de la région sahélo-maghrébine est subordonnée à leur stratégie mondiale. Ici, les intérêts américains s’appellent ; approvisionnement énergétique, sécurité maritime, lutte contre le terrorisme, accès aux marchés, immigration clandestine et containment de la Chine.

Si l’état final recherché est l’intégration géoéconomique et géopolitique de la région dans le système politico-économico-sécuritaire américain, chacun de ces intérêts exige une politique de fins-moyens distincte mais cordonnées par une stratégie régionale envisageant le Maghreb comme une zone à la fois « tampon » et « pivot ». La création d’une zone de libre échange avec un Maghreb intégré économiquement et politiquement est un objectif de longue date. Au sein de ce bloc régional, un rôle central est attribué à Alger bien qu’elle un partenaire difficile.

A l’instar de ses voisins, être un « Etat tampon » c’est être en mesure de gérer l’immigration, constituer une ceinture sanitaire contre les pandémies, et s’élever en une barrière sécuritaire contre l’infiltration d’éventuelles terroristes ou trafiquants. Quant à l’ « Etat pivot », c’est jouer le rôle de gendarme régional à travers la lutte contre les groupes terroristes et d’autres menaces transnationales. Il s’agit aussi de contribuer à la consolidation des Etats faibles de la région en fournissant assistance à la sécurité, formation militaire, aide logistique, soutiens financiers, etc. Dans cette stratégie, Alger (et les alliés même européens) se voit cantonnée dans un rôle fonctionnel. Militairement, un tel rôle implique une transformation profonde des forces militaires algériennes pour être en mesure de mener et soutenir des opérations irrégulières (asymétriques) au-delà des frontières nationales.

L’intérêt de s’appuyer sur des piliers régionaux tient à la légitimité de l’opération et à terminer le travail puisque le rôle des Américains consiste à « accompagner les enfants à l’école ». De leur point de vue, les Etats-Unis devraient simplement se « concentrer sur leur priorité qui est de faire la guerre et de gagner ». En effet, comme les forces américaines se sentent mal à l’aise avec les opérations irrégulières, l’Amérique cherche à les externaliser. Cette conception est au cœur des efforts américains de créer une coalition internationale contre l’Etat islamique qui consiste à éviter tout déploiement terrestre. Le rôle des Américains se limitera au renseignement, soutien logistiques, assistance à la sécurité, frappes aériennes des drones. Au lieu des frappes de « choc et effroi », ce type de guerre requiert d’« utiliser un scalpel au lieu d’un marteau » (John O. Brennan). Le rééquilibrage des Etats-Unis vers l’Asie et la montée des tensions avec la Russie impliquent un tournant dans les préparatifs militaires américains : la subordination de la guerre irrégulière à la guerre régulière. Cela ne fera qu’accroitre les pressions américaines sur les alliés régionaux y compris l’Algérie pour jouer leur rôle de sous-traitant de sécurité. Mais Alger n’est pas un allié inconditionnel et les deux capitales ont des approches nettement différentes sur les questions régionales.

Les défis associés aux Etats fragiles ou faillis ont suscité une attention accrue de la communauté politique bien que de grandes différences sur la façon d’évaluer le niveau de risque dans un cas donné demeurent.[51] Mais « comment nous concevons les conditions de la fragilité de l’État est crucial pour notre capacité à façonner des stratégies efficaces en terme de réponse ».[52]

Sous cet angle, l’approche militarisée des Etats-Unis pose de vraies inquiétudes car la bonne compréhension des problèmes de l’Afrique et leurs solutions potentielles fait souvent défaut chez les militaires. Le FM 3-24 reconnait que la « planification du développement économique requière une compréhension de la société, la culture et l’environnement opérationnel ». Le document donne l’exemple d’une société rurale, d’une urbaines ou d’une économie entièrement socialistes dont les besoins ne sont pas les mêmes.[53] Dans l’armée, comme l’explique Michael Siegl, « trop souvent, la première question porte sur ce qui devrait être fait plutôt que sur la nature du problème ».

Cela viole la première étape de diagnostic des conflits, qui vise à décrire les enjeux clés de l’environnement opérationnel. Ce manque de connaissances essentielles sur les questions de développement n’est pas propre aux forces américaines et a été noté par l’ONU comme un défaut qui entrave l’utilisation des forces militaires dans le développement socio-économique.[54]Dans le cas des Etats-Unis, il y a au niveau de Pentagone une pénurie de spécialistes sur l’Afrique susceptibles d’aider les décideurs à comprendre les perspectives des Etats africains et formuler ensuite des politiques efficaces.[55]Consciente ou non de cette réalité, l’Algérie n’est pas en mesure de défier Washington.

 

Les limites d’une puissance régionale :

La doctrine stratégique de l’Algérie interdit à l’Armée d’intervenir militairement en dehors du territoire national même lorsqu’elle est vivement sollicitée par ses voisins ou partenaires internationaux. Non seulement ce principe n’a pas empêché ses forces militaires de fournir aide logistique et formation aux forces armées et de sécurité des pays voisins notamment le Mali, la Libye, etc., le pays reste très actif en matière de la coopération régionale et internationale et est engagée dans de nombreuses architectures de sécurité. Le recours à la diplomatie multilatérale est une façon de concilier ses principes de non-intervention et l’impératif de faire face aux menaces à sa sécurité. Les contradictions de l’Algérie quant à son engagement extérieur sont un aveu de ses faiblesses structurelles intérieures. Le positionnement de « ni-ni » permet à l’Algérie d’occulter les luttes internes au sommet du pouvoir qui paralysent sa capacité d’action et affaiblissent son leadership régional. L’absence d’engagement fort pourrait bien être le résultat de positions contradictoires et d’intérêts divergents au cœur même du système, symptomatiques de la multiplicité des lieux de pouvoirs, du dysfonctionnement du centre décisionnel et de l’opacité des processus de décision. L’ambigüité de son activisme reflète aussi les divisions intérieures traversant la société algérienne qui se traduisent dans le rééquilibrage des cercles de la sécurité nationale.

Dans son âme, l’Algérie cherche à être un électron libre. « L’Algérie n’empreinte que le chemin qu’elle a choisi pour elle-même », disait Abelkader Ben Saleh, le président du Sénat.[56] Théoriquement, elle a les moyens de sa politique. Mais elle lui manque une grande stratégie ; la grande idée de la politique étrangère et de la sécurité nationale qui offre la clarté directionnelle.

C’une vision unificatrice, un cadre pour une meilleure compréhension de la grande image du rôle du pays dans le monde. Son noyau est l’harmonisation des fins et des moyens avec une méthodologie pour atteindre l’état final recherché. Elle est sur ​​la façon dont le leadership peut utiliser la puissance disponible à l’Etat pour exercer le contrôle sur les gens, les lieux, les choses et les événements pour atteindre des objectifs en conformité avec les intérêts nationaux.

Comme une discipline de compromis, la grande stratégie nécessite l’emploi de toute la puissance nationale et implique la protection et le développement des sources de puissance. Parce que la survie et la croissance sont les super-objectifs intégraux de chaque système, sa mission est la préservation du système (l’Etat en l’occurrence) et, le cas échéant, garantir sa suprématie sur d’autres systèmes. Henry Minztberg assimile la stratégie aux « objectifs du système » qui se répartissent en quatre catégories « survie, efficacité, contrôle et croissance ». Dit autrement, la solidarité nationale et la cohésion intérieure constituent une fonction de la grande stratégie.

En plus de soutenir les objectifs nationaux, elle consiste à améliorer la condition physique de la nation comme un tout organique et à façonner (et à faire face à) un environnement en constante évolution. En effet, pour réussir sur le long terme dans un monde complexe, le pays a besoin d’une vision unificatrice si convaincante qu’elle agit comme un catalyseur ou une balise autour de laquelle évoluent les qualités essentielles qui permettent à une entité collective ou un ensemble organique d’améliorer sa stature dans l’ordre des choses. Propre aux sociétés démocratiques, de telles visions ne peuvent émerger que de manière consensuelle suite un long débat national souvent virulent.

Face aux forces de la fragmentation, « ce n’est pas le plus fort des espèces qui survit, ni le plus intelligent, mais le plus réceptif au changement ». Cette remarque de Charles Darwin prend toute sa pertinence dans contexte actuel. Le changement social, en soi, a toujours été associé à des niveaux croissants de conflits. Ces périodes de changement sont, par essence, transitoires, et sont caractérisées par des conflits de valeurs et d’intérêts qui deviennent une monnaie courante et violents. La cohésion d’une société est strictement liée à sa capacité à faire face à une multitude de risques découlant de son environnement et de sa propre organisation.

Construire et maintenir la sécurité et la paix sociale dépend fondamentalement des caractéristiques des systèmes politiques car le caractère des institutions politiques d’un pays exercent un puissant effet sur le risque de défaillance de l’Etat. Sans une véritable démocratie, il n’y a pas de légitimité. En termes de stabilité, la démocratie est comme une pyramide alors que la dictature est une pyramide inversée, qui peut basculer à tout moment. Les forces centrifuges de la mondialisation peuvent être contrées seulement par les forces centripètes de la légitimité démocratique.

Les gouvernements démocratiques ont tendance à gérer les conflits sociaux principalement en les canalisant politiquement au lieu de la coercition. Lorsque les questions de divisions ethniques et politiques dans les démocraties font surface, elles sont généralement exprimés en signe de protestation plutôt que de rébellion et aboutissent souvent à des politiques réformistes. Sous cet angle, l’Algérie a l’aire d’une puissance régionale. Elle est plutôt un Etat fort (c’est-à-dire soutenu par un empire bureaucratique et un appareil sécuritaire coercitifs) et non pas puissant. L’Algérie dans sa version actuelle s’apparente à une pyramide inversée. Dans une étude examinant l’apparition de l’instabilité politique dans de nombreux pays à travers le monde entre 1955 et 2003, un groupe de chercheurs a conclu sans ambigüité sur les vraies causes ; «  les institutions politiques, correctement définies, et non des conditions économiques, la démographie ou la géographie, sont les plus importants ‘predictor’ de l’apparition de l’instabilité politique ».[57]

 

En conclusion, si Alger aspire à un être un acteur respecté et un modèle, elle a tout à gagner de réussir sa transition démocratique, le seul garant de sa sécurité, stabilité et légitimité. En effet, la sécurité et la stabilité sont reconnues comme précurseurs pour résoudre d’autres problèmes parce qu’ils constituent une base solide nécessaire et exigent des règles de droit, de l’ordre et la justice pour former un environnement sûr, sécurisé et sein. Traditionnellement, la sécurité dans le Sud était principalement basée sur la sécurité intérieure. Les gouvernements étaient (et sont) confrontés à des menaces continues à leur légitimité et stabilité. Globalement, les principales menaces dans les pays en développement proviennent des menaces internes au régime en place ou à la stabilité de l’État lui-même. La peur de l’élite politique d’être assiégée par le peuple marque profondément sa façon de conceptualiser l’Etat, qui est considéré comme la propriété du régime -l’élite politique et économique. De cette fusion Etat/régime résulte un système de régime autoritaire donc l’insécurité car la bonne gouvernance, la paix et la stabilité sociale sont interdépendantes et indivisibles. La paix et la stabilité sociale ne peuvent en aucune façon être durables sans une bonne gouvernance. Inversement, la bonne gouvernance n’a aucune chance d’être sécurisée ou institutionnalisée sans la paix et la stabilité sociale. Concernant la région du Sahel, de plus en plus émerge un consensus selon lequel paix, bonne gouvernance et stabilité sociale sont les principaux pré-requis pour la reprise économique et un développement humain durable. En final, l’Algérie a le potentiel nécessaire de se hisser en une puissance régionale, mais, malgré tous ses atouts, sans légitimité démocratique son leadership sera toujours considéré (en dépit de ses intentions) avec suspicion.


[1] Ian O. Lesser, “Policy toward Algeria after a Decade of Isolation”, Mediterranean Quarterly, 12.2 (2001) 8-21

[2] Hocine LABDELAOUI, « La gestion des frontières en Algérie », Rapports de recherche CARIM, n°. 2,  Robert Schuman Centre for Advanced Studies, San Domenico di Fiesole, Institut universitaire européen, 2008.

[3] Sur le sujet voir Christopher J. Fettweis, “Sir Halford Mackinder, Geopolitics, and Policymaking in the 21st Century”, Parameters, vol. XXX, n°. 2, été 2000, pp. 58-71. http://www.carlisle.army.mil/usawc/parameters/Articles/00summer/fettweis.htm

[4] Paul Greenberg, “U.S. and Moroccan troops wrap up exercise African Lion 2010”, The Official U.S. Marine Corps Web Site, 15 juin 2010. http://www.marines.mil

[5] Cullen J. Tiernan, “Exercise African Lion 2011 features extensive upgrades, highlights strength of U.S.-Moroccan relationship”, The Official U.S. Marine Corps Web Site, 11 juin 2011. AFRICAN LION (Morocco), AFRICA ENDEAVOR (The Gambia), ATLAS DROP (Uganda), CUTLASS EXPRESS (Indian Ocean), FLINTLOCK (Senegal), MEDFLAG (Ghana), MEDLITE (DRC), MEDREACH (Malawi), NATURAL FIRE(Tanzania), OBANGAME EXPRESS (Gulf of Guinea), PHOENIX EXPRESS (Mediterranean region), SHARED ACCORD (South Africa), SOUTHERN WARRIOR (South Africa). « U.S. Africa Command 2011 Exercises Fact Sheet”, United States Africa Command Public Affairs, Stuttgart, Germany, 25 avril 2011.

[6] “Special Reports: Report: U.S. mulls African base”, United Press International, 14 décembre 2010. http://www.upi.com/Top_News/Special/2010/12/14/Report-US-mulls-African-base/UPI-68131292354032/

[7] Sandra T. Barnes, Global Flows: Terror, Oil, and Strategic Philanthropy », African Studies Review, vol. 48, n°. 1, avril 2005, pp. 1-23 (7)

[8] Press Conference by General William E. Ward, African Union Building, Addis Ababa, Ethiopia, 8 novembre 2007. http://www.usau.usmission.gov/general_ward_transcript.html

[9] Valerie Reed, “A Big Image Problem Down There”: Prospects for an African Headquarters for AFRICOM, Center for Defense Information,  13 décembre 2007, p. 4. http://www.cdi.org/pdfs/reedafricom.pdf

[10] Emily Hunt, “Islamist Terrorism in Northwest Africa: A „Thorn in the Neck of the United States,” Policy Focus, n°. 65, Washington Institute for Near East Policy, Washington DC, 2007, p. 15.

[11] Toby Archer & Tihomir Popovic, “The Trans-Saharan Counter-Terrorism Initiative: The US War on Terrorism in North Africa”, FIIA Report, n). 16, The Finnish Institute of International Affairs (FIIA), Otamedia Oy, Espoo, Finland, 2007, p. 24-41.

[12]Carlos Echeverría Jesús, The Algerian Armed Forces: National and International Challenges”, WP 8/2004, Elcano Royal Institute, Madrid, Espagne, 1avril 2004.

[13] ALGERIA REPORT 27 APR – 01 MAY 2006, United States Marine Corps, U.S. Defense Attaché Office, American Embassy, Cairo, Egypt, 25 mai 2006, p. 2. (APO AE 09839) http://www.nps.edu/services/usmc/Docs/LogueAlgeriaMay2006.pdf « Les capacités d’Algérie ont doublé en 7 ans, selon le Centre pour la Recherche Stratégique à Bruxelles : L’armée algérienne à la 2e place en Afrique et 20e dans le monde », El-Khabar, 12 novembre 2009 ; “Algeria spat shows challenge to Russian arms sales”, Reuters, 1er avril 2008 ; Central Intelligence Agency, The World Factbook, The Worl of Nation, The Center of Intelligence, visité le 16 septembre 2010. https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/ag.html

[14] Global Fire Power, « Algeria Military Strength », 27 mars 2014 http://www.globalfirepower.com/country-military-strength-detail.asp?country_id=Algeria

[15] SIPRI 2009 Yearbook ; Armaments, Disarmament and International Security, Résumé en Français, p. 11. http://www.sipri.org/yearbook/2009/files/SIPRIYB09summaryFR.pdf

[16] Shaun McDougall, “Africa Defense Market Churning Despite Economic Woes”, Forecast Intertional, Press Release,  http://www.forecastinternational.com/press/release.cfm?article=196 consulté le 27 décembre 2014

[17]  Paul HOLTOM & Mark BROMLEY & Pieter D. WEZEMAN & Siemon T. WEZEMAN, « Chapter 7. International arms transfers », In SIPRI Yearbook 2010 : Armaments, Disarmament and International Security, Stockholm International Peace Research Institute, Stockholm, 2010, pp. 285-305.  http://www.sipri.org/yearbook/2010/files/SIPRIYB201007.pdf « Algeria – Air Force – Modernization », GlobalSecurity.Org, http://www.globalsecurity.org/military/world/algeria/air-force-modernization.htm accédé le 27 décembre 2014 ; « Classée au neuvième rang des pays importateurs d’armes par l’Institut international de recherche sur la paix : Pour la première fois l’Algérie parmi des pays  », EL-Khabar, 14 mars 2010 ; « Nouveau rapport de Stockholm Institute et inquiétude de l’ONU : Algérie, première en armement au Maghreb et en Afrique », Le Jour (Alger), 7 octobre 2009 ; Aït-Chaâlal Mouloud , « Course à l’armement au Maghreb ; L’Algérie et le Maroc consacrent d’importants budgets pour leur équipement militaire », Le Jeune Indépendant, 10 février 2004 ; « Suite aux transactions colossales d’armement conclues par le Maroc et l’Algérie : L’ONU met en garde contre une course à l’armement au Maghreb », El-Khabar, 7 octobre 2009

[18] Department of States, Foreign Military Training and DoD Engagement Activities of Interest 2009-2010, Volume I Section III-IV – Near East, Washington, D.C., p. 1. http://www.state.gov/t/pm/rls/rpt/fmtrpt/2010/index.htm

[19] Carol Migdalovitz, Algeria: Current Issues, Congressional Research Service, CRS Report for Congress, Prepared for Members and Committees of Congress, 16 avril 2009, p. 6. (RS21532)

[20] Avait indiqué un communiqué de presse de l’ambassade des Etats-Unis en Algerie. « Lutte antiterroriste: le gouvernement américain se félicite de l’engagement “indéfectible” de l’Algérie », APS, 5 mars 2011.

[21] « Algeria’s Struggle Against Terrorism », Hearing Before the Sub-Committee on International Terrorism and Non-proliferation of the Committee on International Relations House of representatives one Hundred Ninth Congress, First Session, Serial n°. 109-10, Washington, DC, 3 mars 2005, p. 34.

[22] « Le terrorisme menace le Maghreb », Le Figaro, 25 novembre 2009

[23] « Le général d’armée Carter F. Ham, Commandant de l’Africom, en visite en Algérie », El-Djeich, n°. 575, Alger, juillet 2011, p. 9 http://www.mdn.dz/site_principal/sommaire/revue/images/EldjeichJuin2011Fr.pdf

[24] Meris Lutz, « ALGERIA: WikiLeaks documents reveal close collaboration with U.S. against Al Qaeda», Los Angles Times, 3 décembre 2010 ; Philippe Bernard, « WikiLeaks : face à AQMI, Washington tisse sa toile au Maghreb et au Sahel », Le Monde, 6 décembre 2010 ; « Report: U.S. mulls African base », UPI, 14 décembre 2010 http://www.upi.com/Top_News/Special/2010/12/14/Report-US-mulls-African-base/68131292354032/ 

[25] “U.S. Army Africa commander meets Algerian military, government leaders”, U.S. Army Africa, 23 décembre 2010. http://www.usaraf.army.mil/NEWS/NEWS_101223_HOGG_ALGERIA_VISIT.html

[26] Cité dans « Dans un rapport transmit par Africom à l’armée algérienne : Le Pentagone appelle à un soutien urgent de l’Algérie en matière de lutte antiterroriste », El-Khabar, 6 juin 2011. http://www.elkhabar.com/ar/politique/255831.html

[27] « U.S to train Algerian army anti-terrorism units, watches Somalia », Suna Times, 29 janvier 2011 http://www.sunatimes.com/view.php?id=710 ; Sonia B., « Un général américain : ‘Les unités opérationnelles de l’armée algérienne sont redoutables’ », Algérie Patriotique, 15 février 2015

[28] Laurence Aïda Ammour, « Evolution of the Algerian Defense Policy », Bulletin de Documentation, n°. 7, Centre Français de Recherche sur le Renseignement, Paris, aout 2013

[29] Carlos Echeverría Jesús, “The Algerian Armed Forces: National and International Challenges”, WP, n°. 8/2004, Real Instituto Elcano, Madrid, 1 mai 2004  http://www.realinstitutoelcano.org

[30] ALGERIA REPORT 27 APR – 01 MAY 2006, United States Marine Corps, U.S. Defense Attaché Office, American Embassy, Cairo, Egypt, 25 mai 2006, p. 2. (APO AE 09839)

[31] Henrietta Holsman Fore, “Aligning “Soft” with “Hard” Power”, Parameters, n°. 2, été 2008, pp. 14-24.

[32] Joseph J. Hewitt (et autres), “Peace and conflict 2010”, Center for International Development and Conflict Management, University Maryland, février 2010, p. 5. Susan E. Rice & Stewart Patrick, “Index of State Weakness in the Developing World”, Brookings Institution, Washington, D.C.,  2008

[33] OCDE, « Resource Flows to Fragile and Conflict-Affected States -Annual Report 2008”, 1 juin 2009,

[34] National Intelligence Council, « Global Trends 2025:  A Transformed World”, décembre 2008, 

[35] PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008, New York, 2007.

[36] « Human Security Report 2005: War and Peace in the 21st Centry”, Human Security Centre, University of British Colombia, Oxford University Press, New York, 30 novembre 2005, p. 23-24-25.

[37] « Overcoming Fragility in Africa: Forging a New European Approach », European Report on Development (ERD), version 3, Robert Schuman Centre, European University Institute, 15 octobre 2009, p. 30-31.

[38] Abu Bakr Naji, The Management of Savagery: The Most Critical Stage through Which the Umma Will Pass, trans. William McCants, Combating Terrorism Center, West Point, 23 mai 2006. Daveed Gartenstein-Ross & Kyle Dabruzzi, “America Can’t Ignore Al Qaeda’s Resurgence », By CBSNews, 27 février 2008 http://www.cbsnews.com/news/america-cant-ignore-al-qaedas-resurgence/ 

[40] Par exemple, des sources suggèrent que les moyens de communications dont dispose Al-Qaïda sont beaucoup plus performants que ceux à la disposition de Mali. “L’Algérie surveille les évolutions des tribus touareg et Arabes”, AL-Hayat, 25 décembre 2010. http://international.daralhayat.com/internationalarticle/216338 Moshe Terdman, “Factors Facilitating the Rise of Radical Islamism and Terrorism in Sub-Saharan Africa”,PRISM,  vol. 1, n°. 1, mars 2007. Intelligence and Terrorism Information Center at the Center for Special Studies (C.S.S)/ Global Research in International Affairs (GLORIA) Center http://www.terrorism-info.org.il/malam_multimedia/English/eng_n/html/prism0307.htm

[41] Robert Rotberg, ed., Battling Terrorism in the Horn of Africa, Brookings Institution Press, Washington, D.C., 2005, p. 2. http://www.brookings.edu/press/books/chapter_1/battlingterrorisminthehornofafrica.pdf

[42] Anthony Lake (et autres), « More Than Humanitarianism: A Strategic U.S. Approach Toward Africa”, Council on Foreign Relations, n°. 56, janvier 2006, p. 3-4.

[43] General Anthony Zinni (Commandant de‘CENTCOM’), “Avoid A Military Showdown With Iraq”, Middle East Quarterly, vol. V, n°. 3, septembre 1998.

[44] Lieutenant Colonel Mary Jo Choate, “Trans-Sahara Counterterrorism Initiative: Balance of Power?”, Strategy Research Project, U.S. Army War College, 30 mars 2007, p. 1.

[45]  John Irish, « Threatened African nations urge western action on Libya crisis », Reuters, 16 décembre 2014

[46] Khalid CHEGRAOUI, « Idéologie, Religion et Ethnocentrisme au Maghreb. Des acteurs politico-intellectuels au Maroc contemporain », Institut des Etudes Africaines, Rabat – Maroc, 8-11 décembre 2003. http://www.ukzn.ac.za/CCS/files/chegraoui.pdf

[47] Akram Belkaid, « La diplomatie algérienne à la recherche de son age d’or », Politique étrangère, n°. 2, 2009, pp. 337-344.

[48] André VIGARIE, La Mer et la géostratégie des nations, Economica/ISC, Paris, 1995, p. 206

[49] Craig Whitlock, “North Africa Reluctant to Host U.S. Command. Algeria and Libya Reject Pentagon’s AFRICOM Proposal; Morocco Signals Its Lack of”, The Washington Post, 24 juin 2007;

[50] Arthur Cebrowski, “Planning a Revolution: Mapping the Pentagon’s Transformation”, WebMemo, n°. 292, The Heritage Foundation, 12 juin 2003; Mitchell A. Wess & Jakub Grygiel, “The Vulnerability of Peripheries”, The America Interest, mars-avril 2011

[51] Monty G. Marshall, Fragility, Instability, and the Failure of States, Council on Foreign Relations, 2008, p. 1.

[52] Kenneth MENKHAUS, « State Fragility as a Wicked Problem », PRISM, vol. 1, n°. 2, mars 2010, pp. 85-100

[53] U.S. Department of the Army, Counterinsurgency, FM 3-24, Washington, DC., décembre 2006, p. 5-16, 5-17.

[54] Clarence J. Bouchat, Secuity and Stability in Africa: A Development Approach, U.S. Army War College, janvier 2010, p. 20.

[55] Sean McFate, « U.S. Africa Command: A New Strategic Paradigm? », Military Review, janvier/février 2008, pp. 10-21.

[56] « Le président de Sénat sort de son silence », Al-Khabar, 11 décembre 2009.

[57] En plus de l’apparition à grande échelle de conflits violents c’est-à-dire la guerre civile ils ont étudie l’apparition d’autres types d’instabilité politique indésirables, y compris le renversement démocratique, le génocide, et l’effondrement de l’Etat. Jack A. Goldstone & Robert H. Bates & David L. Epstein & Ted Robert Gurr & Michael B. Lustik & Monty G. Marshall & Jay Ulfelder & Mark Woodward, “A Global Model for Forecasting Political Instability”, American Journal of Political Science, vol. 54, n°. 1, janvier 2010, pp. 190–208 

 


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